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Detroit

L’instituteur déroule et accroche la carte de l’Amérique du Nord. Il parle des grands classiques, New-York City, Washington D.C., Los Angeles, et… Detroit. Il ajoute naturellement, « La capitale de l’Automobile ». Nous sommes en 1984, et Detroit ne ressemble pas encore à la dystonie paroxystique que le relief d’après la crise de 2008 évoque sans le moindre artifice. Un élève parmi les autres fixe particulièrement la carte : Detroit la ville de l’automobile, aucune chance que je puisse oublier ça.

Quelques années plus tard, mes parents m’ont offert un jouet fantastique, mieux qu’une Sega Master System, mieux qu’une Nintendo, à l’heure d’Out Run où le playseat n’existe pas. Il s’agit d’un demi-habitacle de voiture, tranché derrière les sièges avant, et devant le tablier moteur. Posé dans le jardin sur des parpaings, j’ai le plus beau joujou de la terre et je le conduis tous les soirs. L’auto m’a piquer beaucoup plus jeune encore, et je n’aurai pas besoin d’un rappel pour être certain qu’elle ne me quitte pas.

Pour agrémenter ce jouet, mon père me conduit dans des casse-autos, que j’arpente minutieusement en regardant ces épaves fantomatiques gisantes dans un ordre approximatif. Il connait bien ces lieux, puisque son hobby favori, c’est de fabriquer deux autos avec une seule au fond du jardin. Cette réserve de pièce est une véritable caverne d’Ali Baba. Un pommeau d’Alfa par ici, un combiné de bord de 604 par là, un volant de 205 GTI à l’autre bout d’une allée et des boutons de CX suffisent à me constituer une supercar approximative, mais plus personnalisée qu’une Mercedes d’ambassadeur africain, avec palme et fourragère.

A l’époque, je déambulais dans les allées en imaginant la vie qu’avaient pu avoir ces autos avant de froisser irréversiblement contre un muret ou un ivrogne. J’inspecte les pliages ou les démontages à la disqueuse, je recense les modèles les plus originaux. Il s’agit du rayon des autos sans morceaux de Marvin. Rien à voir avec des épaves maculées, chose que j’ai découverte bien plus tard, à Pittsburgh, au Musée Warhol, devant le poster morbide d’une photo d’accident de la route tout frais, avec shrapnels et cadavres.

Bref, les balades du samedi à la casse auto étaient tout aussi riches pour mon imagination que pour mon tourne vis. Je regarde les autos, les imagine à pleine vitesse, dans le contexte… une façon de faire travailler cette imagination. La rêverie m’a d’ailleurs joué des tours bien des années plus tard, en clientèle ou en comité de direction. Les digressions auxquelles je me laisse aller m’entrainent vers d’inexplicables fous-rires que j’assume sans complexe.

Arbeit macht frei

Et ces digressions, cette imagination, ce sentiment, je les ai retrouvés en visitant Detroit. Et c’est là une des raisons principales pour lesquelles j’ai un tel intérêt pour cette ville. Il fallait que je l’explique, que je me l’explique. Les semaines que j’ai passées sur place en 2011 ont été d’intenses moments de découverte et de curiosité. Une année importante, 2011. Celle de la publicité d’Olivier François, qui replace Detroit au centre de l’automobile. Un spot qui annonce le comeback de Motor City. Quelques jours après la diffusion de la réclame « Imported from Detroit », une proposition de mutation pour mézigue apparait sur mon burlingue, partir dans la ville de l’auto… J’ai de nouveau 7 ans, au volant de mon épave à imaginer le décor. Cela faisait 8 ans que j’avais quitté les grands lacs et ma dernière visite de la ville se résume au salon de Detroit en 2003. Je n’ai rien vu de Detroit ou si peu. Je commence à arpenter le web à la recherche d’informations. De fil en aiguille ce nouvel intérêt devient un centre d’intérêt.

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J’ai passé trois semaines sur place, en trois visites. Puis j’ai appris que la mutation n’aurait pas lieu. Mort aux c*ns. Il y a quelque chose de pédagogique pour toutes les grandes villes. L’exemple qui est là pour dire : « si tu ne travailles pas bien, voilà ce que tu deviendras ».

Minute Alain WikiDecaux : Née Fort Ponchartrain du Détroit en 1701 sous la direction de Antoine de Lamothe Cadillac, la ville devient Fort Détroit, puis perd sont accent et prend définitivement le nom Detroit une fois aux mains des anglais vers 1760. Elle poursuit sa croissance grâce à une situation idéale aux portes du Canada, sur la route des chemins de fer. Célèbre pour son architecture, la ville va connaitre son véritable essor au début du XXème siècle avec l’automobile. Les constructeurs sont à Detroit. Alfred P Sloane prend la direction de la General Motors et entre en concurrence frontale avec Henry Ford. Les deux hommes n’hésitent pas d’ailleurs à faire planer le doute sur les véritables volumes de productions de l’un et de l’autre, l’esprit de compétition qui anime les américains ne date pas d’hier.

La ville connait une formidable période de croissance, elle est riche, devient un centre d’affaire et un centre culturel, la démographie embauche et les usines galopent, ou le contraire. La ville connait sa plus forte croissance en pleine période Art Deco, et garde encore aujourd’hui cette empreinte architecturale. Dès cette époque, la ville est pensée, dimensionnée pour 2 millions d’habitants, elle n’en aura au maximum que 1,850 million dans les années 50.

Près de l’objectif, mais pas pour très longtemps. Dès les années 60, puis les années 70, la bureaucratie, la suffisance et l’obésité des constructeurs américains, de leurs syndicats, les fâcheront avec le progrès et avec l’ineptie des normes CAFE. Ces constructeurs, dont le design et la puissance des modèles avaient fait leur renommée mondiale, commencent à montrer des signes de faiblesse. Plusieurs phénomènes ont piloté le déclin des constructeurs américains.

Tout d’abord, l’UAW saigne les marques de Detroit à coups de salaires élevés, de programmes de retraite et de protection sociale intéressantes pour les ouvriers, mais hors de prix pour les constructeurs. Pensez qu’il n’était plus utile de faire des études pour bien gagner sa vie, il suffisait de se faire coopter par un collègue ou un cousin pour entrer dans l’automobile et le rêve américain était à portée (sur un plateau). Le syndicat automobile UAW quitte en 1968 son affiliation aux Teamsters dont Jimmy Hoffa était le président à l’époque (depuis sa cellule). Un personnage qui retrouvera quelques années plus tard un lien fondamental avec l’automobile. L’histoire veut qu’il soit devenu indissociable des fondations du Renaissance Center. Une légende née le jour où Tony Jack a lancé la phrase « Say good morning to Jimmy Hoffa, boys » en désignant les fondations toutes fraiches du RenCen. Le nom de ce centre n’est pas anecdotique. Siège de la General Motors depuis 1996, ce bâtiment fut construit à l’initiative de Henry Ford II qui souhaitait redonner du dynamisme à la ville, nous sommes en 1971. Le déclin devenait déjà évident.
Les années 60 annoncent également l’arrivée des concurrents européens (grâce en partie à Max Hoffman) et japonais. Les nippons acceptent sans broncher les normes Cafe, instaurent des chartes de service client redoutables et s’affranchissent de tout accord avec l’UAW quand il s’agira de produire sur place quelques années plus tard. De cette façon, ils se protègent de coûts de productions trop élevés mais ne peuvent produire dans le Michigan où il est obligatoire d’embaucher des ouvriers syndiqués. L’Ohio, l’Indiana, la Californie et peu à peu les états du Sud prennent de l’importance. A tel point qu’aujourd’hui, on surnomme Birmingham (AL) « Detroit South ».

La combinaison de tous ces maux entraineront GM, Ford et Chrysler peu à peu dans les difficultés financières, qui aboutiront à la chute de 2009. Ce n’était pas une fatalité, les constructeurs se sont arrangés pour que ça le devienne. Une situation décrite par Brock Yates (The Decline and the fall of the American automobile industry) et Micheline Maynard (The End of Detroit), mais aussi sous un angle interne et plus édulcoré et détaillé par Bob »Maximum Marketing » Lutz (Guts et Car guys vs. Bean counters). Un certain parallèle peut être fait avec les constructeurs français, mais la comparaison et la digression méritent plus que quelques lignes. Je n’en parlerai donc pas ici.

Pour la ville, le vers est dans le fruit, la population commence à décroitre dès les années 60. Detroit est surdimensionnée et les magnifiques bâtiments Art Déco, Néogothique et Gilded Age tombent dans une longue agonie et prennent peu à peu la forme de chéloïdes. La violence s’installe, le trafic de drogue, les gangs, les bâtiments abandonnés et squattés sont des nids idéaux pour permettre à l’homme urbanisé de s’inventer une nouvelle vie sauvage. La ville rivalise avec d’autres pour le titre tant convoité de cité la plus dangereuse d’Amérique. Un titre que plus personne ne peut désormais lui contester. Les finances de la ville ne permettent plus de pouvoir faire face si bien qu’un jury décida que les deux hommes qui avaient pris l’initiative de brûler une maison de dealer dans leur quartier seront jugés innocents. Ils avaient pourtant avoué leur forfait devant le tribunal. Un précédent. La culture de l’incendie subsiste, j’en parlerai plus tard.

Au-delà de la ville de l’automobile et de la Motown, ce sont ces ruines et la renaissance que certains s’efforcent à leur insuffler qui deviennent passionnants. L’Ouest a les parcs naturels, l’Ohio a les amish, le sud a les plantations, le Jean-Kevin a la chtouille, le midwest a les tornardes, Detroit a ses ruines. Il faut admettre que cette ville est réllement fascinante. Gigantesques, les bâtiments sont magnifiques, peu importe leur état. D’ailleurs, ce qui attise la curiosité, c’est l’architecture, la vie et l’activité qui a survécu ou qui est née de cette situation. Ce n’est certainement pas le côté porn des ruines qui est intéressant. Ces ruines parlent, elles racontent une histoire, riche, forte, puissante, performante, avec une âme, finalement si, c’est Motor City et la Motown.

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Depuis, l’eau à coulé sous les ponts. On ne compte plus les initiatives, qui ont connaissent des succès variés, mais tellement intéressants, tellement motivés. La naissance de la techno, l’arrivée du cinéma, les start-up, il se passe tellement de choses. Certes, la situation de quasi faillite de la ville a quelque chose de rageant. Certains bâtiments classés sont abandonnés. Quand elle est propriétaire, la ville délaisse les bâtiments. Pire, elle ordonne de démonter fenêtres et toitures histoire d’aider le climat dans sa démarche vandalie. Il fait -20°C en hiver et 40°C en été. En trois ans, les immeubles ouverts aux quatre vents sont dans un tel état qu’il devient possible d’obtenir l’autorisation de détruire ces édifices protégés. L’histoire est dilapidée. Quand ils appartiennent à des propriétaires privés, les bâtiments sont plus souvent abandonnés que refaits. Je ne compte plus le nombre d’immeubles ou d’usines pour lesquels il y a un conflit relatif au paiement de taxes ou de factures (Book Tower et sa facture d’électricité, ou l’usine Packard et ses taxes foncières). Les procès se succèdent et pendant ce temps la pierre s’érode, le béton se fissure, les décorent se subliment.

Parfois, certains bâtiments obtiennent un visa pour une seconde carrière, comme le Michigan Theater qui est devenu un parking. D’autres connaissent la résurrection grâce à des artistes ou des jeunes pousses. Les immeubles sont achetés pour une bouchée de pain et sont refaits au fur et à mesure du développement des activités. Les communautés se mobilisent. Les terrains vagues redeviennent des jardins urbains où l’on cultive des légumes, comme c’était déjà le cas deux siècles auparavant. Les projets les plus fous naissent ici et là, à l’initiative, le plus souvent, d’artistes, comme le Heidelberg Project.

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Le patriotisme est encore plus fort qu’ailleurs et la fierté est exacerbée. C’est encore plus vrai depuis la naissance slogan « Imported From Detroit » de Chrysler. Il est d’ailleurs amusant de voir que Detroit doit sa naissance à un français et qu’on prête régulièrement sa renaissance à un autre français. Encore que, renaissance, c’est un peu fort, la faillite est encore menaçante et les scandales politiques se succèdent. Mais l’intérêt est là, localement, nationalement, internationalement. Les stars sont impliquées. Certaines comme Eminem ou Kid Rock depuis longtemps. La volonté est là.

Après l’histoire, je passe à la visite, la partie la plus époustouflante. L’automobile et la musique ont laissé des marques indélébiles, grandes et décadentes. Je commence la visite par un des bâtiments les plus emblématiques et impressionnants, c’est la gare. Construite en 1913, abandonnée en 1988, Michigan Central Station (MCS), dite « The Depot » est imposante. Plusieurs fois, la ville a voulu la détruire, mais le bâtiment est en excellente condition et il couterait entre 5 et 10 millions de dollars de le réduire en gravas. C’est Matty Moroun qui en est maintenant le propriétaire. Il a entamé en 2012 des travaux de rénovation. Les mauvaises langues disent que c’est pour se faire pardonner sa campagne de désinformation au sujet des ponts qui mènent au Canada. Le seul existant est l’Ambassador bridge, qui lui appartient et sur lequel il y a un péage. L’autre est un projet de construction à l’initiative des canadiens, financé par eux et destiné à être gratuit…

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J’ai déjà vu ce que des bâtiments comme le Depot offrent quand ils sont en bon état. J’ai vécu à Cleveland il y a 10 ans de ça. Une ville en décrépitude qui a connu la résurrection dans les années 2000 grâce à la Cleveland Clinic. Union Terminal Tower est un excellent exemple et il est difficile de ne pas rester silencieux quelques minutes dans ces bâtiments. Ils ne sont en rien comparables à ce que nous avons en Europe, ils impressionnent aussi, c’est tout.

Les voir mourir à Detroit, c’est un peu comme assister au déclin de l’antiquité, en lecture accélérée. La première impression est forte quand je quitte le Depot que j’entre dans Detroit. J’arrive 40 ans après le rush, c’est le sentiment qui se dégage, et c’est un sentiment vrai, entier, indiscutable. Nous sommes en pleine heure de pointe et… rien. Dix voitures roulent dans chaque avenue. Quinze passants déambulent dans les rues les plus chargées, c’est immense et c’est vide. Un décor de film, ça ne peut être autre chose. Les immeubles abandonnés sont entourés de grillages et leurs entrées sont fermées avec des planches. Au milieu vivent des boutiques, des bars, et les engins de chantier plaquent au sol quelques colosses de pierres, de béton et de briques.

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Je trouve cela juste surréaliste. Les immeubles sont trop nombreux, trop imposants, trop abandonnés pour être décrits un à un. J’ai de nouveau 7 ans, je suis dans la casse-auto et je regarde, j’imagine la vie qu’il y a pu y avoir dans ces rues, ces hôtels, ces bureaux, ces boutiques. La ville est nue, pauvre, vulnérable et pourtant tellement fascinante. L’atmosphère est pesante. Je roule à faible allure, et circule sans direction, sans itinéraire. Les quartiers comme Greektown sont rénovés, le Renaissance center trône à côté du Ford Auditorium (il a été détruit en juillet 2011). Le Cobo center est inanimé. Dès que je m’éloigne de Jefferson avenue pour aller voir la Detroit river, les rues sont immédiatement vides. Je poursuis sur quelques centaines de mètres jusqu’à un feu rouge. Un crackos git sur le sol à un carrefour. En me voyant, il se relève comme il peut et se dirige vers moi. Pas le temps d’hésiter, le feu est rouge, il est l’heure de passer et non d’y passer. Le crackos n’est bien souvent pas à une vie près pour récupérer les talbins que l’automobiliste porte sur lui. Et puis ce n’est pas la circulation inexistante qui m’empêche de passer griller le feu.

Je décide de sortir de Detroit et prends la direction nord-est, sur Lafayette Street. Mauvais choix. Les voitures dépecées indiquent que ce n’est pas la bonne rue pour rejoindre Grosse Pointe. Demi-tour, je repasse par le centre ville et prends par Jefferson Avenue. C’est bien plus judicieux. L’Amerique ne plaisante pas avec certaines erreurs et il ne faut pas confondre aventure avec inconscience. J’arrive vers Grosse pointe. Une fois passé l’usine Chrysler de Jefferson North, je pars explorer les rives du lac Saint Clair. Les maisons sont gigantesques. Un des quartiers les plus riches des USA avec Bloomfield Hills, ils ont d’ailleurs longtemps conservé la palme de l’immobilier le plus cher d’Amérique du Nord, ce serait encore le cas.

Je reviens sur mes pas, puis emprunte Woodward Avenue qui relie Detroit à Pontiac. Elle s’étend sur près de 35 km et a longtemps été le « circuit » préféré des constructeurs pour tester les Muscle cars, et le terrain de jeu des propriétaires pour mesurer les performances de leurs autos une fois la nuit tombée. De temps en temps, il arrive de voir les griffures parallèles laissées par quelques V8 en colère qui sont venus se dégourdir les bielles. L’esprit de John Z. Delorean, inventeur de la Muscle car doit hanter les environs de temps à autre. Ce detroiter a été éduqué à Cass Tech, une école renommée dont l’ancien bâtiment devenu vétuste a été abattu en 2012. Les destructions s’accélèrent, comme pour tourner une page si riche et si pauvre à la fois. Heureusement, les crédits manquent et les ruines sont trop nombreuses pour que les témoignages ne disparaissent trop vite. Après cette petite digression, je poursuis ma route sur Woodward. C’est le théâtre tous les ans de la Woodward Dream Cruise. Un défilé continu de voitures qui roulent sur l’avenue dans un sens, puis dans l’autre. Ca sent l’essence et la gomme. J’ai enfin trouvé un endroit où l’on peut dire que la caisse, c’est pas mort ! Mais c’est un peu loin de la France…
Il est temps maintenant de repartir vers la banlieue ouest où je séjourne. L’autoroute a été déroulée dans un sillon en béton, vingt mètre sous le niveau de la terre, à ciel ouvert. La banlieue de Detroit défile au dessus de moi. 5 mile road, 6 mile road, 7 mile road, 8 mile road, plus je progresse, plus les maisons sont abandonnées, vacillantes et couvertes de suie. L’incendie est devenu un moyen légal de nettoyer un quartier. La mairie de Detroit a légiféré pour autoriser, voire ordonner, de laisser brûler les maisons abandonnées à partir du moment où l’incendie ne présente pas de risque pour les bâtiments environnants. Des quartiers entiers partent en cendre maison après maison, soit par vandalisme, soit par l’inattention des squatters. Les chômeurs, les expulsés et les sans logis sont nombreux à occuper les maisons qui appartiennent aux banques. Depuis 2008, le paysage est en constante évolution. Les foreclosures ont vidé des quartiers entiers. Les ouvriers sont souvent restés dans le coin, les cadres ont quitté le Michigan. D’ailleurs, la région qui embauche de nouveau peine à trouver des ingénieurs. Ceux qui ont quitté la région ne veulent plus revenir. Il y a aujourd’hui un déficit de compétences.

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Autour de Detroit, les villes portent des noms qui évoquent quelques choses pour ceux qui pratiquent l’automobile. Plymouth et Pontiac pour les marques, Dearborn et Auburn Hills pour les constructeurs. Quoi qu’on en dise, quelle que soit la crise, ça reste la Mecque de l’Automobile. Ici point de désamour de la caisse, point de haine et encore moins d’éradication du conducteur. L’automobile fait son évolution, dans une capitale qui devient une ville fantôme. Pensez qu’il y avait la structure pour accueillir 2 millions de personnes. Aujourd’hui, il en reste péniblement 700 000. Les écoles sont buissonnées, les hôpitaux font la charité, les usines partent en grève, les églises attendent la rédemption. Un esprit pessimiste y verra une prophétie, un esprit artistique y trouvera la liberté et l’inspiration, un caisseux s’y sentira en famille. Detroit est devenu un marchand d’occasions où le parc de véhicules est remplacé par des immeubles, des écoles, des usines, des églises. Ils portent tous une étiquette « Occasion de la semaine », « Historique complet », « Seconde main ».

Les responsables de sites internet dédiés à l’exploration urbaine se sont introduits dans ces ruines et sont revenus avec des clichés superbes. Dans la plupart des bâtiments, le temps s’est arrêté brutalement. Les detroiters sont rentrés chez eux un soir et ne sont pas revenus le lendemain. Qu’il s’agisse d’un dentiste dans les années 50, d’un producteur de musique dans les années 70 ou d’un juge dans les années 90. Ils ont tout laissé derrière eux. Le mobilier, les pots à crayons, les dossiers, tout est resté en place, jusqu’à l’arrivée des vandales et des squatters. Le plus hallucinant, ce sont les dossiers d’anciens commissariats qui sont laissés gisants à même le sol.

La présence des explorateurs urbains permet à l’internaute de visiter les entrailles de ces bâtiments abandonnés. Il est même possible de les contacter en tant que tour operator. Les scènes à l’intérieur des écoles, des bureaux, des églises, des bowlings, des casernes, des usines, sont apocalyptiques. Les murs sont boursouflés d’humidité, ils semblent vouloir dégueuler leur histoire. Les planchers font des vagues. La science fiction devient réalité. Le désespoir ambiant créé un nouvel espoir.

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C’est unique et indescriptible, Detroit me fascine.

http://detroit.curbed.com

http://historicdetroit.org

http://www.detroiturbex.com/

http://www.buildingsofdetroit.com/

http://motorcitymuckraker.com/

http://seedetroit.com

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Ateliers Auguste

Ayant découvert au hasard d’un tweet la jeune marque française de sacs Ateliers Auguste, je fus conquis tant par leur esthétique que par leur démarche artisanale de fabrication Française, à laquelle j’attache beaucoup d’importance à cause d’une certaine idée de la perpétuation du savoir-faire français.

Ainsi, un vendredi midi de décembre, nous avons bravé avec Fred le déluge, qui en
2 roues à pédales, qui en 2 roues motorisés, pour nous rendre aux Ateliers Auguste
non loin du Père Lachaise dans le XIe.

Nous découvrons une impasse pavée pleine de charme au fond de laquelle sont
installés les AA, dans un bâtiment répondant au nom évocateur de Tribeca.

Nous sommes accueillis dans un superbe loft industriel dans lequel nous nous
verrions bien élire demeure. L’équipe des créateurs est là, passionnée par l’artisanat
à la française. Ils nous expliquent la démarche qui a conduit cette agence de com’ à
se muer en créateur de sacs français… le besoin de construire quelque chose, l’envie de relever le défi du made in France, l’envie de proposer quelque chose qu’ils ne trouvaient pas ailleurs.

Tous les sacs sont fabriqués en France, les matériaux sont quasiment tous français
Le cuir pleine fleur est tanné dans la Loire, les sangles proviennent de Vendée, la
toile coton est tissée dans l’Orne, les fermetures zippées YKK viennent du Nord, les
pièces en métal d’Italie et le coton waxé British Millerain (fournisseur de Barbour) de
Grande Bretagne.

Les 4 modèles de la collection sont présentés, ils transpirent la qualité, le savoir-
faire, et comble de l’artisanat chaque série de sacs, fabriqués par 50, comporte de
légères différences, comme la doublure intérieure ou les surpiqures qui peuvent
varier.

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J’adore la petite mention tricolore en bas des bandoulières…

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Les deux nouveaux sacs sont présentés, dont le 48h qui est absolument superbe et très tentant.

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Conquis je repars avec au dos un Menilmontant sable. Le déluge me permettra tester avec bonheur son étanchéité qui après plus d’un mois de commutage en 2 roues motorisées ou fixées, n’a jamais été prise à défaut en dépit d ‘une météo parisienne peu clémente.

C’est donc un grand OUI pour les Ateliers Auguste.

www.ateliers-auguste.fr

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Back in Black

« - Terminal 2F.
– Pardon ?
– Terminal 2F monsieur.
– Mais non, c’est pas possible, sur ma réservation, il y a marqué Terminal 1.
– …
– Mais si, regardez…
– Mais ce n’est pas la bonne date Monsieur.
– Oui, je sais, c’est mon billet de la semaine dernière, j’ai raté le vol à cause des grèves. Tenez, voici le nouveau.
- Je vois… mais votre compagnie à déménagé son comptoir du terminal 1 au Terminal 2 F il y a 3 jours. Vous devez donc traverser tout Roissy avec la navette. et comme votre avion décolle dans 1/4 d’heure, cela me parait fortement compromis, monsieur. »
Il faut vous dire que je n’avais pas pris la peine de vérifier le terminal sur mon nouveau billet. pour moi, c’était évident que le comptoir n’aurait pas bougé dans la semaine.

« - A quelle heure le prochain vol?
– Dans une heure,  monsieur. mais c’est déjà trop tard.
– Ok, c’est ce qu’on va voir… « 

Run d’enfer à travers le dédale de Roissy, arrivée en sueur au Comptoir Flybe.

« -Désolé Monsieur, l’enregistrement est terminé depuis dix minutes et…
– Je ne veux pas m’enregistrer, je veux un billet
– Ah. pour quel vol?
– Ben… celui dont l’enregistrement est terminé depuis 10 minutes. »

Mon charme naturel et mon magnétisme animal ayant une fois de plus produit leur effet, je me retrouvais quelques minutes plus tard dans la navette qui nous conduisait à l’avion. J’allais enfin pouvoir découvrir le Pas de Calais vu du ciel.

Tout avait commencé un mois auparavant, un soir sur internet. Une annonce pour une belle noire aux hanches généreuses et aux poumons enivrants. Sur Ebay. Un prix de départ, un prix d’achat immédiat. Entre les deux, un océan. Un mail, une offre plus proche de Madère que de Terre-Neuve. Et quelques poignées de minutes après, un retour de mail acceptant l’offre. Les photos floues ne disent pas grand chose, le descriptif est plutôt succinct. Et si j’avais fait une connerie… Un coup de fil au vendeur, il me rassure, bien évidement. Le temps de caler mon english trip, de rater un premier avion parce que « des grévistes ont envahis les voies », et me voila donc, un mois plus tard, au dessus de la courte manche.

Le timing est plutôt serré et j’ai déjà pris 1 heure dans la vue. Atterrissage prévu à Manchester vers 13h15 heure locale. Le temps d’aller chez le vendeur, de réaliser la transaction, et il ne restera plus qu’a traverser la moitié de l’Angleterre pour choper un shuttle vers 20h.

Vol sans histoire.

Atterrissage sans soucis, un ou deux couillons tentent d’applaudir, mais personne ne suit. Un douanier se plante devant moi. Je l’ignore et continue à marcher, avant de sentir un frein brutal sur mes épaules. C’est mon sac à dos qui refuse obstinément de me suivre, maintenu par le douanier qui s’est instantanément fait épauler par deux collègues certainement Rugbymen à leurs moments perdus (ou qui devraient l’être s’il ne le sont pas encore).

- »Do you know the laws about drugs importation in England, sir? »

La première réflexion qui vient à l’esprit est « pourquoi moi??? » . Pas le temps de lui répondre : « follow me, please ». Je pense instantanément à Midnight Express et me demande si Mapa vend sa production en angleterre, tout en me disant que je n’ai de toutes les façons rien à me reprocher. Inspection de sac à dos, de veste, de gants ( allant jusqu’à retourner chaque doigt), motif du voyage, durée… visiblement j’intrigue les douanes anglaises.

« -A car? You came from France to buy a car? which car ? Why?
– a TVR.
– You came from france to buy a TVR???… Why?
– ’cause it’s a great car…
20 minutes d’explications plus tard, n’ayant rien trouvé dans mes affaires, et ne souhaitant pas les visiter en profondeur, les fonctionnaires me laissent filer.
Me voila sur le parvis de l’aéroport à attendre sous la pluie. L’attente est courte. Un grondement sourd est renvoyé par les murs des différents bâtiments alentours. Le bruit, terrible, se rapproche. La voila. Elle est superbe. Noire, jantes noires, intérieur fauve. Je me laisse glisser à l’intérieur à l’appel de James Bond, son propriétaire. 20 minutes de route pour aller jusque chez lui. 20 minutes pour observer l’intérieur, écouter tous les bruits, m’imprégner de l’ambiance.

Un portail automatique, un jardin tout de béton aménagé… une bonbonnière rose avec bobonne en robe de chambre bleue… pas vraiment l’image que je me faisais de James Bond, ni des James Bond Girls… je descends de la voiture et découvre du pied gauche que le maitre des lieux est aussi le maitre de Vador, un berger allemand apathique et odorant, qui semble considérer le jardin tout entier comme une litière géante. Cet endroit va me plaire… Rapide tour de la voiture, explication du fonctionnement, inspection des soubassements. Rédaction des différents papier nécessaires à la vente. Paiement… tiens, impossible d’accéder à mon compte paypal. Moment de panique, je me vois déjà retourner à l’aéroport, faute de règlement, et expliquer à mon pote douanier qu’en fait je n’ai pas acheté de voiture à cause de l’ordi du monsieur qui ne veut pas de mes euros… c’est certain, si j’y retourne, j’ai droit aux Mapa. Heureusement, mon Ifoune salvateur déminera la situation.

C’est parti. Comme pour la précédente TVR, les premiers kilomètres amènent à des réflexions plutôt négatives : « qu’est que c’est que cette caisse? C’est inconduisible… je rentre et je la vends ». Heureusement, la route est longue entre Manchester et Folkestone, et, au fil des miles, je m’habitue au fonctionnement de la belle et commence à apprécier ses qualités. La route défile mais le trafic britannique, toujours très dense, ne permet pas de profiter pleinement des capacités incroyables du V8. Je savoure tout de même le confort surprenant de l’engin, la souplesse de son moteur qui accepte de reprendre à 400 t/min en 5e, son autonomie, et surtout son bruit fantastique. J’approche de Londres à l’heure où le thé est froid et où la bière n’est pas encore fraiche… la M25 est chargée comme un clubber un soir de Gay-Pride. La chimaera se rit des embouteillages, ne chauffe pas, et me gratifie de sublimes borborygmes à chaque lever de pied. je prends mon mal en patience, il est environ 19h, et je suis à la bourre. Le gps propose de quitter l’autoroute. La manoeuvre est un succès et permet de retrouver rapidement la M20, dernier tronçon rapide avant Folkestone.

Malgré le retard et une circulation maintenant fluide, je cruise tranquillement à 130/140 km/h, avant de me faire littéralement déposer par une voiture assez étrange, à l’immatriculation énigmatique : THE 57IG. J’enquille derrière elle, et, malgré des vitesses inavouables, réussit à identifier le missile qui me précède : Noble m12. Je découvre également la face cachée de la Chimaera. Si la Noble est un missile, la Chimaera est une fusée. Accélérations démoniaques, souffle incroyable, qui ne donne jamais la sensation de faiblir, et une tenue de cap digne d’un TGV. Je ne lâche pas la Noble. Malheureusement, nous arrivons déjà à Folkestone et il me faut laisser filer mon bref compagnon de route. Je me console en me disant que si j’ai un peu de retard, il est beaucoup moins important que prévu. Aucune vérification de quelque papier que ce soit… il est plus facile de sortir de l’île que d’y rentrer.

Traversée sans encombre… me voila en France ! Plus question de tester les performances de la machine. La fatigue se fait sentir, et je termine mollement mon trajet, enchainant les arrêts station pour tenter de rester éveillé. Le ronron du V8 est une berceuse mécanique de premier choix. Une seule solution pour lutter, l’attaque. Première sortie, je quitte l’autoroute. Le 4L résonne dans la campagne endormie, accompagné des claquements de la commande de boite et de quelques crissements de pneus. Il est 1h du matin. Je suis rincé, mais ravi de ma nouvelle maitresse. Je la gare dans la rue, en réveillant la moitié des voisins dans la manœuvre. Demain, c’est sûr, nous reprendrons la route ensemble.