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Lancia Gamma – Part I

Parmi les madeleines que l’on croque depuis quelques années sans que jamais personne ici n’ait eu le courage de faire le pas fatal, il en est une qui incarne mieux que tout autre l’étrange nostalgie que nous autres trentenaires bien tassés avons pour la décennie qui nous a vu naitre.
Étrange nostalgie que celle des seventies, car de prime abord il est difficile de comprendre comment on peut s’enticher de cette époque troublée de choc pétrolier, de pattes d’éléphants et d’infâmes chemises tergal.
Difficile de saisir ce qui peut être attirant dans cette époque ou l’équerre remplace le galbe, le plastique remplace chrome & bakélite, où la boite longue « économique » remplace l’overdrive…
…Et pourtant nous éprouvons de l’attirance (certains d’entre nous plus que d’autres) pour les voitures de cette époque: Attirance freudienne pour la voiture du père? Attirance malsaine pour l’imagerie des années de plomb, dans la peau de quelque boss de la banda della magliana?
Toujours est il que certaines voitures de l’époque, contre toute raison, captent nos désirs de Graal les plus obscènes: plastoc & velours synthétique à profusion, fiabilité aléatoire, design de concept-car, la Lancia Gamma est la synthèse du versant automobile de ces lubies seventies, dont elle truste littéralement l’imagerie avec ces visuels publicitaires d’époque.
Elle méritait bien qu’on reparle d’elle à tête reposée.
GAMMA !
Destin troublé pour celle qui devait remplacer la vieille flavia mais aussi feu la flaminia.
Fiat venait de reprendre Lancia pour une lire par action, et les cartons de la noble firme Turinoise étaient vides, la fulvia, vieillissante mais encore verte, étant désormais seul vrai étendard du drapeau lancia.
A la va vite, sous la houlette de Fiat, et dans l’espérance vite déçue de partenariat avec citroën, on s’attelle à concevoir un nouveau haut de gamme lancia.
L’auto est le reflet de ces tourments : la berline affiche une certaine parenté esthétique avec la future CX, mais surtout elle cristallise la guerre larvée entre les ingénieurs Fiat et les ingenieurs Lancia.
Fiat avait pourtant condescendu à ce que ce soit une traction (identité lancia oblige), sur une plateforme specifique (et non sur un clone de celle de la fiat 130) et le géant du lingotto avait même fait l’effort, pour favoriser lancia, de tuer dans l’œuf l’autobianchi A111, censée menacer les lancia beta.
Mais les ingénieurs Lancia avaient tracé leur route: un moteur spécifique novateur, le boxer alu tipo 830, avec ses simples aàc en tête, ses courroies crantées, sa course ultra courte et sa boite transaxle, motoriserait le nouveau porte drapeau.
D’ailleurs, pour en être certain, ils ont dessiné le compartiment moteur de manière à ce que le V6 Lampredi des fiat 130, prevu sur la version haut de gamme, ne puisse y entrer. Ambiance….
Pour autant, le tipo 830 est un remarquable moteur, en 2000 et 2500cm3, avec un gabarit ultra-compact et un centre de gravité très bas dont le style et la tenue de route de la gamma vont profiter.
Le train avant est lui même extrêmement efficace et rigoureux,une première, a fortiori pour une traction des seventies.
Mettant les petits plats dans les grands au mépris des soucis éventuels de finance ou d’industrialisation, les gens de Lancia vont, au delà de ce brillant combo chassis/moteur, définir un habitacle au luxe tout seventies:
velours ou cuir, plastique, design radical, la gamma est à la croisée de deux problématiques:
celle du luxe:
et celle du jenfoutre:
oui c’est beau, mais camelote et mal assemblé, et derrière il y a un incroyable système de chauffage/clim dont les commandes sont…à dépression!
La gamma est toute entière le fruit de ce paradoxe: luxe abondant, technologie brillante mais mal maitrisée et mal industrialisée faute d’argent, de temps, ou de volonté.
Reste que c’est digne d’un bouquin de design intérieur seventies, dont l’auto est un vrai manifeste:
Comme la citroen CX, la gamma dérive très fidèlement, en termes de style extérieur, de l’étude de pininfarina pour BMC, due au styliste Paolo Marin:


la gamma berline en est la transcription en série, fidèle jusqu’aux gimmicks, mais manquant quelque peu de grâce:

l’arriere legerement remodelé rend la visibilité precaire mais lui donne une invraisemblable allure de tatraplan version italie 70.

on ne peut toutefois pas lui reprocher de manquer d’originalité, et encore moins d’espace pour les passagers, bien que la malle arriere reste…une malle et non un hayon. 30 ans aprés cet anachronisme devient un charme, je trouve.

La lancia Gamma berline est d’emblée marketée vers le haut de gamme:


Ironie du sort, on communique sur la qualité de fabrication et on montre l’usine, censée mettre un soin germanique à construire l’auto des exectutive-managers de l’italie industrieuse du nord:

et commence alors une frénésie d’images qui va remplir pour trente ans nos iconographies, nos fantasmes et nos topics:

Manifeste de ce talent créatif invraisemblable qu’ont les italiens pour créer une atmosphère lifestyle autour d’une automobile, et exploiter leur incroyable patrimoine géographique et culturel.

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